« À Montréal, on me dit “bonjour Michel” comme au Puy en Velay »

Publié le : 02/10/2017 à 11h38

« À Montréal, on me dit “bonjour Michel” comme au Puy en Velay »

Michel Drucker : « Je ne suis pas un sprinteur, mais un marathonien ». Photo Michel TAFFIN

LE PUY-EN-VELAY - MICHEL DRUCKER FACE AUX LECTEURS

Avant de monter sur la scène du théâtre pour jouer son Seul… avec vous , spectacle dans lequel il raconte des anecdotes survenues pendant ses 53 ans de carrière, Michel Drucker, 75 ans, a rencontré les lecteurs de La Tribune/Le Progrès. L’animateur est même venu accompagné de sa fidèle chienne, Izia…

Quels sont vos meilleurs souvenirs en radio et en télévision (Gilles Chambon, 54 ans, Le Puy-en-Velay) ?

« Ce sont ceux qui vont arriver. Mais mes meilleurs souvenirs en télévision, j’en parle un peu ce soir. C’est certainement ma première coupe du Monde de foot en 1970 au Mexique au stade Azteca. J’étais le plus jeune commentateur et c’était un grand souvenir car c’était la dernière de Pelé. En finale, le Brésil a battu l’Italie 4 à 1 dans un stade magnifique. J’ai eu la chance être logé dans le même hôtel que les Brésiliens. J’ai sympathisé avec Pelé. Ce souvenir est doublé d’un grand cadeau car deux ans après, nous nous sommes revus à Paris, il se rappelait de moi. Il m’a offert ses chaussures, celles de la finale. Je les ai gardées chez moi pendant dix ans, avant de les offrir à un enfant handicapé.

En radio, j’en ai beaucoup. Quand j’étais à RTL (1974/1980), j’animais La Valise RTL. J’appelais les gens chez eux. Un jour, deux sœurs chauffeurs de taxi ont gagné 25 millions francs. Une d’elles avait failli s’évanouir. J’ai gardé le contact avec l’une d’entre elles. Elle est aujourd’hui âgée. C’est un très grand souvenir d’autant plus qu’elles avaient besoin de cet argent. C’est un souvenir d’auditeur finalement. Mais mes meilleurs souvenirs, c’est la rencontre avec vous, les téléspectateurs et pas forcément celle avec des stars. J’en suis à la 3e génération. »

Si vous deviez arrêter la télévision, que feriez-vous (Christian Montagnon, 72 ans, Vals-près-Le Puy) ?

« J’y pense tout le temps car c’est miraculeux ce qui m’arrive. On me demande ce que j’ai fait pour avoir une carrière pendant 50 ans. Nous dépendons de l’invention de la télécommande. La télécommande nous a grandement empoisonné la vie. Comment j’ai fait ? Comment s’arrêter avant qu’on me mette dehors ? Depuis une dizaine d’années, une génération qui était dans la lumière a quitté la télé : Patrick Sabatier, Claire Chazal, Patrick Poivre d’Arvor, Julien Lepers, William Leymergie, Gérard Holtz, David Pujadas, Anne Sinclair. Ces gens ont marqué la télévision. La liste est longue. Je me dis que ça m’arrivera aussi. Si je suis sur scène, c’est peut-être parce que j’ai voulu anticiper, avec un autre métier pas loin. J’écris des livres, je n’ai pas que la télévision. J’ai grandi dans un univers qui n’a rien à voir avec mon métier. Je n’ai pas fait d’études. C’est plus difficile pour moi que pour les autres. J’ai tellement travaillé et je travaille encore tellement que la question qu’on me pose, je me la pose différemment. Qu’est ce qui va se passer, si je ralentis ? Je ne suis pas un sprinteur, mais un marathonien. Je fais beaucoup de vélo. J’aurais été un coureur de course par étapes. Mon métier, c’est le Tour de France, chaque année. Il faut être là, il faut se faire une place, pas forcément finir dans les premiers, pas se faire larguer. Il y a l’audience, l’audimat… Je suis devenu pilote d’hélicoptère, puis d’avion. J’écris un livre en ce moment : Ça vous fait quel âge déjà ? Je vais surtout essayer de ne pas en souffrir, je commence déjà à faire moins de télé pour m’y préparer. Comme dirait ma femme : “Il ne reste pas en place.” Sur 53 ans de carrière, j’ai 20 ans de radio, j’écoute beaucoup France Inter , et j’aimerais bien y aller un jour. Mais surtout, je ferais ce que je fais ce soir, je serais sur scène. Mais ce que vous ne savez pas, c’est que mes émissions sont celles qui sont le plus vues à l’étranger. À Montréal, on me dit “bonjour Michel”, comme au Puy-en-Velay. Je suis connu en Israël, au Liban, en Afrique, en Asie… On me demande de jouer là-bas. J’ai aussi une passion : la médecine. J’ai toujours voulu soigner les autres. Je m’occupe des autres, je suis dans beaucoup d’associations. J’ai recueilli une petite Cambodgienne pendant dix ans. Je suis un des parrains de Tout à l’école, qui a sauvé 1 200 petites filles de la prostitution. Je fais tellement de choses à côté de la télévision que je ne m’ennuierais pas. »

Avez-vous été proche de Coluche ? Était-il dans la vie comme sur scène (Denise Delabre, 73 ans, Saint-Pierre-du-Champ) ?

« Je l’ai connu quand il était fleuriste à la gare de Lyon. J’ai été très proche de lui. C’est quelqu’un qui a terminé sa vie pas très heureux. C’était un enfant de la rue, modeste, d’origine italienne, il a eu un succès énorme. Il a eu du mal à traverser tout ça. Il y a une partie de la France qui connaît Coluche des Restos, pas le comédien, c’était un très grand acteur. Il était très touchant car très proche des gens. Il a obtenu de l’État ce que personne n’avait réussi avant. C’était un type bien, extrêmement généreux, qui donnait son argent, il n’a pas oublié d’où il venait. Il aidait tout le monde. »

Est-ce que vous regardez la télévision (Raymond Delabre, 75 ans, Saint-Pierre-du-Champ) ?

« Oui beaucoup. Tous les matins, chez moi, Je regarde toutes les émissions, du football, les chaînes d’infos en continue, tous les animateurs, toutes les émissions soit en replay , soit en rediffusion et même celles jugées médiocres ou stupides. C’est mon métier. J’écoute aussi la radio en même temps. Je regarde tout car avant de faire des interviews, il faut que je voie. Demain (ce dimanche, NDLR), je reste chez moi, j’ai deux films à voir, dont un avec Omar Sy : Knock. Les livres, j’en lis au moins 100 pages, j’ai un assistant qui me fait des fiches de lecture. »

Quel animateur peut faire la même carrière que vous (Sébastien Margerit, 34 ans, Bas-en-Basset) ?

« J’ai 53 ans de carrière, je lui souhaite bien du plaisir au gars. C’est difficile de répondre. Moi, je suis un ovni. Aujourd’hui, c’est difficile de se faire connaître, il faut des aides. Avant, il n’y avait qu’une chaîne, donc pendant 20 ans, on a eu la chance d’être extrêmement visible. Quand le privé est arrivé en 1986, j’étais depuis 22 ans dans le cœur des gens. Maintenant, imaginez le temps qu’il faut pour se faire connaître. Si vous débutez sur une grande chaîne, ça va. Si c’est sur une autre à 11 ou 15 heures, beaucoup ne peuvent pas vous voir. J’ai aussi eu une grande chance : je suis l’un des trois animateurs qui ont fait toute leur carrière le week-end, comme Patrick Sébastien ou Jacques Martin. Le dimanche tout le monde regarde la télé. Il y a ceux qui m’ont suivi quand je commentais le foot, ceux qui ont 40 ans aujourd’hui, ce sont les enfants de Champs-Élysées , ceux qui ont 20 ans, sont ceux de Vivement dimanche. »

N’avez-vous jamais été tenté de faire du théâtre (Georges Berry, 74 ans, Bas-en-Basset) ?

« Je n’ai pas encore essayé même si j’ai fait des apparitions. Je ne suis pas acteur, ni chanteur ni comédien. Ce soir, vous vous demanderez ce que je fais là. Pour le moment, je suis tout seul, c’est moi. Je ne joue pas le texte d’un autre. »

Y a-t-il un sketch dans l’une de vos émissions qui vous a mis mal à l’aise par rapport à quelqu’un que vous appréciez (Adrienne Wierzba, 65 ans, Saint-Germain-Laprade) ?

« Celui qui m’a mis le plus mal à l’aise et qui m’a empêché de dormir pendant des années et continue de me stresser, c’est la rencontre entre Whitney Houston et Serge Gainsbourg. Ça a été un cauchemar. Et Laurent Gerra ! Il va très loin, mais il faut laisser les humoristes libres, ce sont les bouffons du roi. Un jour, je lui présente Céline Dion, elle lui dit de faire son job. A-t-elle été choquée ? Probablement mais elle n’a jamais rien dit. Même Johnny m’appelait la nuit, il prenait mal les imitations. Un jour, il est allé le voir à l’Olympia et le mois d’après, ils étaient sur la même scène. Quant aux hommes politiques, il faut qu’ils aient de l’humour. »

Est-ce que ça vous a plu d’être commentateur sportif ? (Baptiste Rivet, 13 ans, Coubon) ?

« Oui, j’ai beaucoup aimé. De temps en temps, je baisse le son et je vois si j’y arrive toujours. J’ai fait cinq coupes du Monde. On m’a demandé en 1998 si j’acceptais de revenir. Je faisais Vivement dimanche. J’ai dit “OK”, mais il fallait que j’arrête l’émission en janvier pour faire le tour du Monde. Quand tu commentes une coupe du Monde, il faut être capable d’identifier 500 joueurs tout de suite même avant qu’ils ne touchent la balle. J’ai eu peur de ne pas être dans le coup car à Canal + , il y avait des gens vachement bien. J’ai refusé. J’ai beaucoup regretté car finalement commenter revient vite et puis… on a gagné ! »

"Coluche a marqué sa génération, comme Le Luron et Claude François. On ne remplacera pas des gens comme ça"

Michel Drucker

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"Être seul sur scène, je n’imaginais pas que c’était si fort. Deux heures, c’est beaucoup mais je ne vois pas le temps passer"

Michel Drucker

Recueillis par Emma Jouve, Damien Nore et Fred Sauron

 


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