Le monstre sacré Michel Drucker se découvrira bien plus que d'un fil le 8 avril à Chalon-sur-Saône

Publié le : 05/04/2016 à 16h50

Le monstre sacré Michel Drucker se découvrira bien plus que d'un fil le 8 avril à Chalon-sur-Saône

Du haut de la pyramide télévisuelle, plus d’un demi-siècle contemple Michel Drucker, animateur le plus illustre pour des états de service non concurrentiels du fait de ce laps de temps fort peu commun. Exit l’étrange petite lucarne le vendredi 8 avril à 20h30 en la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône, et bienvenue à la solitude nourrissante du one-man-show qu’il brûle du désir de faire partager aux férus d’anthologie. « Seul…avec vous », qu’il sera ce soir-là. Dans cette attente, asseyez-vous, M. Drucker, sur ce canapé rouge qui vous sied comme un gant, histoire de voir de quoi il retourne… Interview pour info-chalon.com

Si on vous avait dit il y a quelque temps qu’un jour vous feriez un seul en scène, l’auriez-vous cru ?

« Non, et surtout ce que je n’aurais jamais cru, c’est que le public serait là, qu’il serait content et qu’il me le fasse savoir de façon très chaleureuse à la fin du spectacle. Je n’aurais jamais cru que la presse de province pour l’instant, et même celle de Paris qui est venue au départ, ainsi que le bouche-à-oreille, seraient aussi bons, parce que c’était un petit essai que je faisais comme cela, pour ne pas terminer ma carrière sans avoir essayé de vivre et de ressentir ce que d’autres gens font depuis longtemps. Je les présente depuis des années, maintenant c’est moi qui suis de l’autre côté de la barrière C’est un moment tellement fort, je suis tellement heureux de ce que je vis que je vais continuer sans arrêt, c’est-à-dire que je sais que je ne m’arrêterai pas la scène, ça c’est clair. Quand vous viendrez voir, vous comprendrez pourquoi.»

« Seul…avec vous », au nom de vos plus de cinquante ans de télé notamment, il doit y avoir matière ?

«C’est tout mon problème. Comment résumer plus de cinquante ans, car ça fait cinquante-deux ans cette année, mais j’ai décidé ça il y a deux ans à l’occasion des cinquante ans de l’O.R.T.F. Ca a été l’élément déclenchant. On m’a beaucoup appelé à cette époque, en disant : alors, cinquante ans de carrière, vous êtes une figure emblématique de la télé ! Subitement je me demandais si c’était vraiment moi qui avais vécu tout cela. C’est une longévité qui ne cesse de m’étonner et qui est unique, car être à la télévision depuis plus de cinquante ans, et être encore là le dimanche soir à une heure de grande écoute, en général quand on a autant d’heures de vol on est déjà à la retraite depuis longtemps ou au placard. Mais c’est vrai que c’est un moment très fort, et ma difficulté, c’est comment me bloquer à une heure et demie. Je n’y arrive pas, car la plupart du temps je suis entre 1h45 et 2h sur scène. J’ai fait vingt villes, et il y a des villes où je suis encore sur scène au bout de 2 h, car je ne parviens pas à me discipliner. J’ai tellement de souvenirs que j’ai de quoi faire deux ou trois spectacles, donc celui-là il va tourner au moins peut-être deux ans, après j’en ferai un autre dans le même cadre, avec d’autres anecdotes et d’autres moments forts. Ma difficulté c’est ça, donc j’ai choisi des moments forts qui m’appartiennent, mais que les téléspectateurs qui sont dans la salle, qui représentent deux à trois générations, ont vécu avec moi. Même trois générations, parce que l’autre jour il y avait des jeunes dans la salle, alors je raconte des choses qui ne les touchent pas car ils n’étaient pas nés, mais mon problème c’est que j’ai trois générations ! Il y a ceux de ma génération qui m’ont vu débuter comme commentateur sportif et présentateur il y a cinquante ans ; il y a leurs enfants âgés d’une quarantaine d’années, qui sont les enfants de Champs-Elysées, et il y a leurs petits-enfants de 16-17 ans qui sont la génération de Vivement dimanche. Donc vous imaginez que c’est absolument impossible de résumer trois générations. J’ai choisi les personnages essentiels, évidemment les pionniers de la télé, d’abord les souvenirs personnels que j’ai avec Zitrone, Jacques Martin et Thierry Roland, Chapatte, Couderc, de mes débuts. J’ai bien sûr choisi deux ou trois figures emblématiques du music-hall qui sont incontournables : Johnny évidemment, mais je parle d’Aznavour aussi, de Céline Dion, d’Iglésias, pour parler des stars internationales qui sont passées sur mes plateaux, je parle évidemment de Belmondo, de Delon parce que je ne peux pas zapper le cinéma. Les politiques que j’ai reçus, Giscard, Chirac, Mme Chirac, François Hollande, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy ; je parle un peu évidemment de ma famille, de ma mère et de mon père, car j’ai des anecdotes indirectement liées à ce métier à travers eux ; je parle un peu de mon épouse dont je ne parle jamais, et puis aussi je rends hommage aux grands disparus. Donc, tout ça en moins de deux heures c’est compliqué, mais j’y arrive ! »

S’agit-il en la circonstance d’un défi à relever, du goût du risque, ou d’une suite logique à votre carrière ?

« C’est l’envie d’aller de l’avant. L’envie de ne pas rester immobile, d’apprendre, d’apprendre, d’apprendre, d’avoir toujours un temps d’avance. J’ai toujours pris des risques, toujours fait des choses que je sentais. Succéder à Jacques Martin, tout le monde l’a oublié, mais c’est « L’Ecole des fans » ; on n’était pas nombreux d’accepter de lui succéder, j’ai bien dit succéder, parce qu’il est irremplaçable, donc ce n’était pas facile. Quand j’ai fait Studio Gabriel et le talk-show d’avant-soirée pendant cinq ans avec toute une bande de gamins inconnus comme Laurent Gerra et tous les autres, ce n’était pas évident. A chaque fois j’ai voulu faire des choses différentes, des grands shows. Champs-Elysées ce n’était pas évident, se lancer dans une aventure pareille et une grande émission de variétéS alors que c’était il y a trente ans, et que ça dure presque dix ans, il n’y avait rien d’acquis d’avance. Donc là, la scène, « Seul…avec vous », j’avais envie d’émotions nouvelles, et j’avais envie quelque part de redébuter, de me mettre dans la situation de quelqu’un qui s’attaque à quelque chose qu’il n’a jamais fait, sans aller sur les plates-bandes des autres. J’aurais pu écrire ou coécrire une heure et demie d’un spectacle d’humour, comme l’ont fait Cauet, Courbet, Arthur. Or, je ne suis pas un comique, pas un humoriste, mon spectacle n’est pas un spectacle de sketchs, c’est autre chose. Je voulais faire quelque chose qui n’ait jamais été fait, pour une raison très simple, car pour le faire cela il faut cinquante ans d’heures de vol. »

Comment expliquez-vous votre exceptionnelle longévité au sein du PAF (Paysage audiovisuel français N.D.L.R.) ?

« C’est très difficile, je commence à me l’expliquer quand je vois des gens devant moi, quand je suis sur scène pour la première fois de ma vie. Evidemment dans ma vie j’ai croisé des téléspectateurs dans une gare, je le fais régulièrement, dans un aéroport, dans un taxi, on fait un selfie, avant c’était un autographe, une photo, mais avoir une salle d’un théâtre remplie de 400, 500, 600 personnes devant moi, sans musiciens car je ne suis pas chanteur, sans partenaire(s) car ce n’est pas une pièce de théâtre, je suis tout seul ! L’unique partenaire que j’ai à la fin, c’est mon chien qui vient saluer ! Je voulais connaître ça et vivre ça. J’ai demandé des conseils à Laurent Ruquier qui a fait le texte du programme, vous le verrez quand vous viendrez, il m’a encouragé à le faire, il est le premier à m’avoir vu en province. J’ai demandé à Fabrice Luchini ce qu’il en pensait, je lui ai fait un petit essai d’une demi-heure un jour dans une salle vide, il était totalement étonné, et tous les gens du métier qui sont venus me voir en province jusqu’à maintenant sont sortis très surpris, car ils ne s’attendaient pas du tout à ça. Ils savaient, les copains, que j’aime bien raconter les coulisses du métier, ce que les gens ignorent, parce que ce que je raconte, ce sont des souvenirs que des gens ont partagé avec moi. C’est ce que je dis sur scène : vous n’allez pas être dépaysés ce soir, parce que mon album souvenir c’est le vôtre. Ce que j’ai vécu, on l’a vécu ensemble, la seule chose, c’est que je vais raconter l’envers du décor. Je raconte ce que l’on ne raconte jamais. Je raconte ce que l’on raconte entre nous, copains du métier, à la fin d’un dîner, et là je mets le public dans la confidence. »

Quelles ont été pour vous les personnalités les plus marquantes, tous domaines confondus ?

« Léon Zitrone dont j’ai été le stagiaire à mes débuts, tous mes copains des sports de mes débuts, Pelé, Platini, etc. j’en parle. Ensuite Johnny, qui me suit, puisqu’on est de la même génération, on se connaît depuis cinquante-deux ans. Tous les gens dont je parle sont ceux qui m’ont le plus marqué : Belmondo, Delon, Romy Schneider, les politiques, tous les présidents que j’ai reçus, plus Ségolène Royal, Mme Clinton, et puis tous ceux qui m’ont marqué, je leur rends hommage à la fin. Mais tous ces gens-là, la dizaine de personnes que j’évoque durant cette soirée, Aznavour évidemment, ce sont mes références, mais qui sont aussi celles du public. Le public, il a Belmondo, Delon, depuis toujours dans son cœur. Johnny c’est notre Tour Eiffel, il appartient à la France entière, Belmondo, Delon aussi, Zitrone également à une époque. Quand je parle de Giscard, Chirac, Mitterrand, ce sont des gens que j’ai connus, je raconte à chaque fois des anecdotes particulières. Ce sont des gens qui ont marqué la France pendant cinquante ans.  »

La suppression de « Vivement dimanche » à la rentrée 2016, et l’allongement de « Vivement dimanche prochain », est-ce un mal pour un bien, finalement ?

« Ca m’arrange beaucoup, quand on m’a proposé ça j’ai accepté tout de suite, parce que je savais que j’allais sur scène, que je commençais une tournée qui va se poursuivre jusqu’à la rentrée de septembre. Et à partir de ce mois-là je serai trois mois à Paris, puis je repartirai en tournée. Heureusement que j’ai accepté ça, parce que je n’aurais pas pu faire ma tournée et quatre heures de télé le dimanche : deux heures l’après-midi et deux heures le soir, c’est impossible. Par conséquent on a trouvé la solution qui s’imposait, car entre 18h et 20h il y a quatre fois plus d’audience qu’à 14h, et que Vivement dimanche prochain c’est le talk-show le plus suivi de tous les talk-shows d’avant-soirée toutes chaînes confondues. C’est très important par rapport au journal télévisé, et sur le plan économique, parce que, même si l’on est dans une chaîne publique il y a encore de la pub avant 20h. Il est évident que le carrefour de 18-20h est beaucoup plus important. Donc je pense, et on n’a pas eu de mal à me convaincre, que les gens qui me suivent à 14h, seront là à 18h. Ils seront peut-être plus nombreux, car beaucoup de gens me disent : vous savez, on vous regarde en replay ou en différé, parce que quand il fait beau ou que l’on a un repas de famille c’est plus compliqué. Donc tous ces gens-là se retrouveront plus facilement à 18h. »

Vous êtes réputé en particulier pour votre grande gentillesse, une vertu souvent décriée. Quel est votre sentiment ?

« Ca ne me gêne pas, je continue mon petit bonhomme de chemin. Apparemment tous les gens qui viennent me voir sur scène ne trouvent pas qu’être quelqu’un de bienveillant et de gentil soit un défaut. C’est ma nature, vous savez. J’ai passé 70 ans, vous imaginez bien que ce n’est pas maintenant que je vais changer de tempérament ! Contrairement à ce que vous pensez, c’est un tout petit milieu qui se moque des gens trop bienveillants, mais l’ensemble des gens, 90% d’entre eux, sont plutôt bienveillants. »

Quelques mots sur Jean-Pierre Coffe, votre ancien chroniqueur culinaire de Vivement dimanche prochain ?

« On a passé presque dix ans ensemble. C’était un personnage extraordinaire, on a beaucoup ri, il m’a fait découvrir sur le tard la bonne bouffe et le bon vin, mais j’avais beaucoup de retard par rapport à lui ! C’était un homme épatant, formidable, brillant, intelligent, fidèle, Jean-Pierre. Il a bien vécu, ne s’est pas ménagé. Il a beaucoup, beaucoup, beaucoup abusé de la bonne chère, profité du bon vin, ce qui fait qu’il avait une santé fragile. J’aimais beaucoup ses coups de gueule. Ses livres avaient beaucoup de succès, il se connaissait par cœur. J’aurais voulu qu’il vive beaucoup plus longtemps, mais ses artères et son cœur ont dit non. Il est mort heureux. »


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