Michel Drucker : Mon contrat expire dans trois mois

Publié le : 19/02/2018 à 11h59

Michel Drucker : Mon contrat expire dans trois mois

« C’est miraculeux que je sois encore là », estime le taulier de France 2. FTV/BERNARD BARBEREAU

Son image, son âge, son avenir à la télé, son refus d’aller sur Canal +… L’animateur de «Samedi c’est parodie» (samedi soir à 20h55 sur France 2) fait le point.

La chienne de Michel Drucker kidnappée par un gang d’animateurs qui veulent le mettre à la retraite. C’est avec ce sketch, inspiré du film d’action « Taken », que la nouvelle émission du taulier de France 2, « Samedi c’est parodie », démarrera samedi à 20h55. Tout y est. L’âge du capitaine, ses obsessions pour le vélo ou les canins, sa façon soporifique de raconter ses vieux souvenirs de carrière… Le clin d’œil idéal alors que, comme chaque hiver, Michel Drucker s’inquiète de son avenir à la télé.

Comment Michel Drucker se retrouve-t-il bombardé dans une parodie de « Taken » ?

Michel Drucker. C’est une idée du réalisateur Nicolas Benamou (« Babysitting »). On a tourné pendant trois jours, j’ai découvert ce que c’était d’avoir une doublure, de faire des cascades… J’ai trouvé ça passionnant.

Vous avez proposé des idées ou posé des limites ?

J’ai juste dit : « Faites-moi faire ce qui est drôle ». Les humoristes que je fréquente ont fini par déteindre sur moi. Et c’est ce qui m’a séduit dans « Samedi c’est parodie », ses auteurs ont écrit pour Valérie Lemercier ou Jérôme Commandeur aux Césars, et pour Gad Elmaleh dans son « Saturday Night Live » pour M 6. Ça me touche que la jeune génération considère que je suis encore quelqu’un dans le coup. Et puis, la télé qui se moque de la télé, c’est important de voir ça sur le service public, dans l’atmosphère de frilosité actuelle.

C’est ce qu’attendent les téléspectateurs de France 2 ?

Il y a des gens très drôles sur la chaîne, des animateurs qui sont prêts pour le one-man-show ou qui en viennent, comme Laurent Ruquier. D’ailleurs, France 2 a, je crois, déjà commandé un deuxième numéro de « Samedi c’est parodie ». C’est un risque que seul le service public peut prendre.

Un risque, carrément ?

On sera pris en tenaille entre « The Voice » sur TF 1 et la fiction de France 3. C’est courageux d’aller au combat avec quelque chose d’aussi décalé. C’est un public plus jeune qui va nous regarder… Et ça correspond à mon état d’esprit depuis deux ans, depuis que monter sur scène a changé ma vie.

Vous avez envie de privilégier cet esprit de dérision ?

Pendant plus de cinquante ans, je n’ai jamais osé me lâcher parce que d’autres le faisaient mieux que moi, parce que j’avais peur de ne pas être assez drôle… Aujourd’hui je suis devenu addict à ça, une journée sans dérision est une journée perdue. Et un week-end sans monter sur scène face au public, aussi.

Au point de perturber vos projets télé pour la rentrée ?

J’ai des états d’âme légitimes après cinquante-quatre ans de carrière. Mon contrat avec France Télévisions expire dans trois mois et c’est miraculeux que je sois encore là. Mes prime times produits par Carson (NDLR : comme « Le Grand Show ») marchent bien, j’ai encore 2 millions de fidèles dans « Vivement dimanche »… Delphine Ernotte (NDLR : la patronne de France Télévisions) sait que je me pose des questions. C’est le moment pour moi de réfléchir à raccrocher les gants. Dans un an, deux ans ?

Vous nous disiez la même chose il y a deux ans…

Longtemps j’ai eu l’angoisse de l’après. Je me voyais aller chercher le pain, jouer aux boules, faire les mots fléchés du « Parisien » et prendre 10 kg… Aujourd’hui je n’ai plus peur, parce que je sais que je serai sur scène jusqu’à la fin de ma vie. En revanche, à la télé, j’aimerais ne pas disputer le combat de trop. M’arrêter tant que je suis en forme.

Qu’en dit France 2 ?

J’ai rencontré Takis Candilis (NDLR : nouveau directeur des programmes et de la stratégie à France Télévisions), je vois Caroline Got (patronne de France 2). Je réfléchis… Même si Delphine Ernotte me dit, elle, que c’est trop tôt pour partir. Même si mon ami Charles Aznavour, qui a vingt ans de plus que moi, me traite de « gamin ». À la télévision, je suis le dernier senior, le plus âgé de tous. D’ailleurs, je suis en train d’écrire un livre sur l’âge, à paraître en octobre et qui s’intitulera « Quel âge ça vous fait déjà ? » (Michel Drucker a 75 ans). J’ai envie de refaire de la radio, aussi.

Et partir sur une autre chaîne ? Canal + vous a démarché, non ?

On m’avait proposé, il y a quelques mois, de faire trois ans de « Grand Journal ». C’est mon ami Cyril Hanouna qui m’avait appelé. Je crois que Laurent Delahousse était dans leurs tablettes aussi, avec Yves Calvi (NDLR : qui a accepté et présente depuis la rentrée « L’info du vrai »). J’ai réfléchi pendant quinze jours et puis j’ai décliné. J’ai eu peur que les téléspectateurs soient déstabilisés et ne me suivent pas.

Pourquoi ?

Sur 54 ans de télévision, j’en ai passé quasiment 50 sur le service public, le samedi ou le dimanche. Je suis l’homme des week-ends, je l’ai compris et c’est très bien comme ça. Je ne me vois pas refaire de l’antenne en semaine, on ne regarde pas la télévision de la même façon. Et je terminerai ma carrière probablement sur le service public. En ayant traversé trois générations de téléspectateurs et trois technologies : le poste dont on changeait la chaîne à la main, la télécommande, et le replay sur les tablettes (rires).

Vous continuerez à jouer votre one-man-show…

Ces prochains jours je serai à Claye-Souilly, Beaugency, Florange, et même Tel-Aviv au mois de juin… C’est une aventure qui me dépasse complètement. J’en suis à 120 dates et ça continue. Je n’aurais jamais imaginé que mon spectacle marcherait autant et je pense déjà au prochain. Je deviens saltimbanque sur le tard, j’ai traversé le miroir. En tournée, je fréquente les mêmes hôtels de province que les artistes que je reçois dans mes émissions. Et je me surprends à être capable de monter sur scène quelques heures après avoir été aphone ou malade, comme Johnny.

Que pensez-vous de la succession de Johnny et de sa médiatisation ?

Ce déballage est suffisamment douloureux pour qu’on en rajoute par nos commentaires. Johnny était quelqu’un de pudique et de timide. Et il me dirait, il nous dirait : « Fermez-la ». Je ne peux qu’imaginer la tristesse et les interrogations des milliers de gens qui étaient chavirés de chagrin au moment de ses obsèques. Après l’émotion gigantesque, c’est la douche froide. On était dans une histoire d’amour, maintenant on est entré dans « Dallas ».


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