Michel Drucker... Rencontre

Publié le : 22/12/2016 à 14h49

Michel Drucker... Rencontre

53 ans de télévision, ce n’est pas rien… Vous êtes le seul animateur au monde à avoir connu cette carrière. Comment expliquez-vous une telle longévité ?
Je m’interroge encore sur cette surprenante longévité. J’ai intégré la télévision à 21 ans. J’étais venu pour faire un stage de quelques jours au service des sports. On a eu besoin d’un petit jeune pour remplacer quelqu’un à l’antenne… et j’étais là. Et je suis encore là 53 ans après. Tout s’est enchainé très vite à l’époque. Je voulais être médecin comme mon père, c’était une vocation. Je le regrette encore aujourd’hui car j’aurai voulu soigner les autres, mais mon père avant de mourir a dit à une de ses malades que son fils Michel était devenu un médecin des âmes.

J’ai intégré la télévision à 21 ans […] Et je suis encore là 53 ans après. Tout s’est enchainé très vite à l’époque.

J’ai débuté ma carrière dans les années 60 en même temps que beaucoup de célébrités. Johnny, Cloclo, BB, Delon, Belmondo… on a un peu grandi ensemble. Puis, j’ai vu arriver une deuxième génération de stars dont certain était très jeune. Anthony Delon avait 8 ans, Bruel 16 ans, Emmanuel Valls en avait 3, Sarkozy 10… Forcément, ça crée des liens. Aujourd’hui, j’en suis à ma troisième génération, qui a pour nom le québécois Xavier Dolan, Louane, Julien Doré, Kendji Girac, Vianney, Cyril Hanouna… jamais je n’aurai évidemment imaginé quand l’aventure a commencé en 64, qu’elle se poursuivrait encore aujourd’hui en 2016.
J’ai partagé aussi et surtout le quotidien de trois générations de français. Je fais un peu partie de leur famille. On a développé une relation intime. Je connais beaucoup mieux la France que bien des politiques… Je suis à la fois le reporter sportif des années 70, l’homme des Champs-Elysées et maintenant celui de Vivement Dimanche.
On ne m’a jamais appelé « Monsieur Drucker », toujours Michel.

La télévision a beaucoup changé en 50 ans. Quel est votre regard sur cette évolution ?
Même si tout a changé, je ne dirai pas « c’était mieux avant », ce serait un discours d’ancien combattant. Il faut admettre qu’on vit une autre époque. La télévision a évolué. Quand j’ai débuté, il n’y avait qu’une seule chaine en noir et blanc. Aujourd’hui, il y en a 200, évidemment en couleur, dont beaucoup sur la TNT. L’Audimat est arrivé entrainant la pub, la pression commerciale, la guerre des chaînes… tout a été bouleversé. Désormais, il n’y aura plus de carrière longue. Tout se raccourci. Il n’y aura plus de parcours comme celui de Patrick Bruel, Francis Cabrel, Laurent Voulzy, Jean-Jacques Goldman… encore moins Charles Aznavour, Belmondo ou Catherine Deneuve. Quand j’ai démarré, j’étais mort de peur. On m’a laissé lentement apprendre mon métier en direct pendant plusieurs années. Aujourd’hui, il faut être bon tout de suite.
Ces bouleversements ont profondément changé les relations de confraternité professionnelle. La fidélité, la gratitude et la reconnaissance sont des mots qui ont perdu un peu de leur sens. Mais je ne veux pas être nostalgique car j’appartiens toujours à la famille.

Crédit photos : Michel Drucker

Vous vous produisez sur les planches à 74 ans avec le spectacle « Seul… avec vous ». Qu’est-ce qui vous a fait sauter le pas ?
J’ai eu envie de me mettre en danger, de traverser le miroir. De passer de la salle à la scène. De savoir si, à mon âge, j’étais encore capable d’avoir peur, de recommencer à zéro. De risquer l’échec et le rejet de la profession. J’ai voulu savoir ce que ressentent tous ces artistes que je présente depuis des années. J’avais besoin de me prouver que je pouvais démarrer une troisième carrière, après la télé et la radio. Je me suis dit que si ça ne marche pas, je saurais ce que c’est d’être tout seul pendant 2 heures face au public.

Qu’avez-vous envie de transmettre à votre public, à travers ce spectacle finalement très personnel ?
J’avais envie de tourner une sorte d’album de famille car mes souvenirs sont ceux de million de gens. C’est aussi un devoir de mémoire. Je voulais remercier le public de son indéfectible fidélité. Si je suis encore là aujourd’hui, c’est grâce à lui. J’ai voulu aussi créer avec lui un climat d’intimité, comme si les gens étaient dans mon salon ou moi dans le leur.

Quel a été le ressenti de la Première, en face-à-face avec votre public. Trac ou pas trac ?
Plus que ça. C’était à Rennes, le 29 janvier. J’étais tétanisé, mon cœur battait à 100 à l’heure. Je me suis dit : « qu’est-ce que je fais là ? Pourvu qu’il y ait une panne de lumière ! ». J’avais peur que la mémoire me lâche, que j’oublie le fil de mon histoire, que je perde ma voix…
J’ai énormément travaillé « Seul… avec vous ! ». Ceux qui m’ont vu depuis deux mois aux « Bouffes Parisiens », ont eu l’impression que j’étais en totale impro alors que j’ai tout écrit moi même à la virgule près.
Le stress, le trac font partie du métier. Il touche tous les artistes, célèbres ou inconnus. Johnny Hallyday ou Céline Dion n’ont pas le même regard un quart d’heure avant de monter sur scène. Maria Callas avait la hantise de la fausse note.
Mais comme disait Louis Jouvet, « vous verrez, le trac vient avec le talent ».

Ce one man show retrace avec humour vos souvenirs de carrière. Quelle est l’anecdote qui vous a le plus amusé ?
Je la raconte justement dans mon show. Un jour, je réalise l’interview de Paul Hogan, une sorte d’Indiana Jones à l’australienne. Il était tellement fatigué par le décalage horaire, que je n’ai pas eu le temps de terminer ma première question. Il s’est endormi profondément… Je montre le document sur scène et les gens rient beaucoup parce que je poursuis l’interview en faisant les questions et les réponses pendant qu’il dort à point fermé. Il s’est réveillé 20 minutes après, il m’a dit « thank you » et il est parti.

On vous a souvent reproché votre bienveillance. Pourtant, n’est-elle pas une des clés de votre réussite ?
Il n’y a pas de honte à être bienveillant, surtout dans un monde cruel et parfois cynique. Le ricanement n’est pas ma tasse de thé. J’adore la dérision et l’autodérision certes, mais je suis mal à l’aise dans l’agression. La méchanceté gratuite n’est pas dans ma nature. Je pense qu’on peut toujours mettre les formes. J’ai l’impression que si je disais à un romancier ou à un chanteur que leur livre ou leur CD est nul, ma mère redescendrait sur terre pour me mettre une paire de gifle. Les artistes donnent tout et parfois plusieurs années dans un projet. Qui suis-je pour les démolir en une phrase ?

A 74 ans, quel regard portez-vous sur votre vie ? Etes-vous un homme épanoui Michel Drucker ?
Je ne sais pas si je suis épanoui mais quand je m’inquiète, je prends du recul et je me dis que je n’ai pas à me plaindre. J’ai réussi à garder ma famille unie, un challenge de nos jours. Je n’ai pas touché aux produits prohibés, j’ai fait du sport, j’ai eu une vie calme, même si moi je ne le suis pas. J’ai gardé une poignée d’amis fidèles qui me connait depuis des années. Je n’ai pas trahi mes idéaux, je suis resté je pense le même. Mes parents et mon frère ainé Jean, même s’ils ne sont plus là, continuent de peser sur moi.

Les artistes donnent tout et parfois plusieurs années dans un projet. Qui suis-je pour les démolir en une phrase ?

A 17 ans, sans diplôme, je n’aurais jamais imaginé un tel destin. Je me demande encore comment j’ai fait. Certes, je bosse jour et nuit. Il n’y a pas un livre que je n’ai pas lu, pas un film ou téléfilm que je n’ai pas vu, pas un cd que je n’ai pas écouté, avant mes émissions. Mais j’ai du avoir aussi beaucoup de chance.
Charles Aznavour m’a dit un jour « Cela fait 5 décennies que vous êtes à l’écran, et vous serez encore là dans 10 ou 15 ans. » Ca me rassure car j’ai toujours voulu m’inscrire dans la durée. Pour cela, il fallait ne jamais entamer le seul capital qui compte, la santé, et avoir une résistance physique et mentale à toute épreuve. Je suis souvent fatigué car je travaille 15 heures par jour. Mais la fatigue du succès est beaucoup moins pénible que celle de l’échec et du chômage.

Des projets pour l’avenir ? Un autre spectacle ? Chanter ?
Vous voulez un scoop ? Je vais prochainement interpréter une ou deux chansons dans mon spectacle. Il n’y a pas longtemps, j’ai chanté, « Nul ne guérit de son enfance » de Jean Ferrat, accompagné d’un grand orchestre. Après avoir beaucoup répété, j’ai demandé à Patrick Bruel, qui était sur le plateau, son avis sincère. Il m’a dit « fonce ! ». Je vais intégrer cette magnifique chanson quand je parle de ma famille et de mon enfance.
Enfin, mon prochain bouquin sera sur l’âge, car je suis constamment confronté à ça. Jamais l’âge n’a été un sujet de conversation aussi important. Aujourd’hui il faut être jeune, il faut faire jeune… La dictature du jeunisme et le racisme de l’âge sont revenus.
De Gaulle avait dit « la vieillesse est un naufrage. » Je n’en suis pas encore là mais je peux l’imaginer. Sauf qu’avoir 80 ans aujourd’hui, ce n’est pas comme avoir 80 ans il y a 20 ans. Quand mes parents ont eu 80 ans, j’avais l’impression d’avoir des parents du troisième âge… Dans cinq ans, j’aurai à mon tour 80 ans et je ne peux le croire.


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