Michel Drucker : Rongé par le remords

Publié le : 09/11/2015 à 15h55

Michel Drucker : Rongé par le remords

Il aura suffi d’un petit voyage, non loin de Paris, pour que la lumière se fasse, que cette part d’ombre qui plane depuis toujours sur son enfance s’éclaire, pour que Michel Drucker comprenne enfin son père.

L’an dernier, Michel Drucker avait tenté de dresser le portrait d’Abraham Drucker, figure paternelle ombrageuse, dans son livre intitulé Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? L’animateur y décrivait un homme tyrannique, exigeant, obsédé par l’excellence, et qui considérait son fils comme un « bon à rien ».

Traumatisme

Une image paternelle empreinte de sévérité qui vient de se dévoiler dans toute sa fragilité aux yeux de Michel Drucker. Il vient de comprendre ce qui, dans le passé de son géniteur, pouvait expliquer son tempérament.

Et il s’en veut terriblement de n’avoir pas été suffisamment à l’écoute lorsque son père était encore en vie, de n’avoir pas mesuré l’ampleur du traumatisme qu’il avait vécu durant la Seconde Guerre mondiale.

->Voir aussi – Michel Drucker : Si fier de son père

Il y a quelques jours, devançant de peu la 73 e édition de la Journée nationale du souvenir de la déportation, tous les derniers dimanches d’avril, Michel Drucker s’est rendu au Frontstalag 122, le camp de transit de Compiègne, entré dans l’histoire comme l’antichambre des camps de la mort. Un lieu chargé d’histoire, et qui a tenu un rôle bien particulier dans la vie des Drucker.

Par une étrange coïncidence, ce cantonnement de sinistre mémoire rétablit un trait d’union entre le père et le fils. C’est dans ce camp qu’Abraham a passé treize mois de sa vie pendant la seconde guerre, et que, vingt ans plus tard, le jeune soldat Michel Drucker a effectué, en 1963, son service militaire dans l’armée de l’air.

Révélations

« Je le savais à l’époque, confie-til, mais imaginez ce que j’ai ressenti tout à l’heure en découvrant que j’ai couché, mangé pendant quatre mois à l’endroit même, dans le même baraquement, où mon père a vécu et souffert pendant la guerre », a-t-il confié à nos confrères de Télé Loisirs.

Seul, déambulant dans ces lieux hantés par le souvenir de la déportation et de son père, Michel Drucker a médité sur cette curieuse superposition de leurs vies.

Dans ce même bâtiment B où il a passé son service militaire, son père a exercé de longs mois comme médecin dans l’infirmerie de ce qui était alors un camp d’internement, dernière étape avant la déportation. Un ancien patient de son père s’est souvenu, devant Michel, de la gentillesse de ce « petit médecin juif, qui donnait des aspirines » et « faisait ce qu’il pouvait ».

Peu après, un officiel lui a remis le fac-similé d’une lettre que son père avait envoyée aux autorités en 1946 pour leur faire part du calvaire qu’il avait enduré.

« Il est difficile de raconter les horreurs vécues pendant deux ans et demi avec précision », écrivait le médecin qui, après Compiègne, était également passé par Drancy. « Je découvre tout ça, lâche Michel stupéfait, submergé par l’émotion. Mon père s’est éteint en 1983 et ne nous en a jamais parlé …»

Des remords qui pèsent lourd sur la conscience du présentateur de Vivement Dimanche . Au-delà du choc que constituent ces révélations, c’est surtout l’impression d’être passé à côté de son père qui bouleverse Michel. Aussi, devant ces bâtisses marquées par tant de cicatrices, le fils d’Abraham n’a pu réprimer un sanglot.

« J’ai craqué, admet-il. J’ai cru que je n’arriverais jamais à rentrer. Je regrette tellement de ne pas m’être intéressé à lui lorsqu’il était encore en vie. Je n’ai jamais su ce qu’il avait enduré pendant sa déportation. »

Mais comme tous les adolescents, à l’époque, Michel Drucker avait ses propres problèmes. « Je n’étais pas assez adulte, pas assez équilibré et trop préoccupé par mes soucis métaphysiques pour pouvoir parler de ça avec lui », explique-t-il encore à Télé Loisirs.

Raisons

À la mort du père, les tensions étaient apaisées, mais une certaine incompréhension demeurait. Aujourd’hui, tous les voiles sont levés.

« La boucle est bouclée, conclut Michel. Mon père était certes caractériel, tyrannique, impatient… mais il avait de nombreuses raisons d’être déglingué et je l’ai enfin compris en venant ici […] Il faut être conscient qu’il retapait des déportés pour les envoyer dans des chambres à gaz. Comment survivre à cela ?»

Portant toute sa vie ce lourd fardeau, Abraham, le médecin de campagne, a survécu. Il n’était peut-être pas le père le plus tendre qui soit, mais aujourd’hui, son fils ne souhaite plus qu’une chose : lui rendre un dernier hommage !

« Je regrette tellement de ne pas m’être intéressé à mon père quand il était encore en vie » a-t-il avoué. Interné à Compiègne puis à Drancy, monsieur Drucker n’en avait jamais parlé à son fils. « Je n’ai jamais su ce qu’il avait enduré pendant déportation »…

Christian Morales


Catégories : Revue de presse

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