Michel Drucker : “Sans Dany, je ne serais pas là !”

Publié le : 13/10/2014 à 17h16

Michel Drucker : “Sans Dany, je ne serais pas là !”

Pour ses 72 ans et cinquante ans de carrière, le célèbre présentateur ne pouvait pas rêver plus beau cadeau que celui d’être élu par les Français « animateur le plus emblématique du petit écran depuis 1950 ». À cette occasion, Michel Drucker revient sur cet incroyable parcours.

France Dimanche (F.D.) : Quel est votre sentiment ?

Michel Drucker (M.D.) : Ils sont remontés très loin, car j’ai commencé en 1964 ! (Rires.) Mais, ça me surprend toujours ! C’est tellement vertigineux cinquante ans, j’ai du mal à réaliser. Je me demande souvent comment j’ai réussi à traverser toutes ces époques et rester debout. J’ai connu trois générations d’hommes politiques, d’acteurs, de chanteurs, d’écrivains, d’animateurs télé… Je travaille énormément et n’ai pas vraiment le temps de regarder mon nombril. Entre le film Qu’est-ce qu’on va faire de toi ?, inspiré de mon livre il y a deux ans, le documentaire Itinéraire d’un enfant de la télé, aujourd’hui ce sondage et le Train de la télé qui me consacre un wagon entier, je me demande si on parle bien de quelqu’un de vivant. Parce que tout ça ressemble de plus en plus à une nécro !

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F.D. : Faites-vous toujours votre métier avec autant de passion ?

M.D. : Oui, et même si ça ne se voit pas avec toujours autant d’inquiétude. Elle est devenue ma compagne de route. J’ai traversé plusieurs périodes compliquées. Mes débuts où j’étais tétanisé, terrorisé, pas fait pour ça. Au départ, je voulais juste trouver un job. On m’aurait dit : « Tu vas être assistant, cadreur, ingénieur du son… » J’aurais été très content ! Je n’étais pas destiné à être propulsé si tôt devant les caméras. Chacun sait que je n’ai pas fait d’études, donc j’ai nourri une grande angoisse les premières années. Je suis rentré à la télé à 22 ans, mais j’ai gagné ma vie à 17 en faisant de nombreux petits boulots. En fait, j’ai commencé à me sentir vraiment à l’aise avec Vivement dimanche, il y a quinze ans seulement. Sur cinquante ans, j’ai donc mis trente-cinq ans à apprendre mon job. J’ai démarré très tôt, mais ça a été très progressif. Mon ami Claude Lelouch, qui m’a vu débuter, dit toujours : « Michel, c’est un tardif qui a commencé tôt ! » Et puis, ils ne s’en sont pas rendu compte, mais j’ai appris devant les téléspectateurs. La télé a remplacé le lycée et l’université que je n’ai pas connus. J’ai tout appris à la télé, je lui dois tout. Ma culture, je l’ai construite en regardant l’INA, en observant les images.

F.D. : Le regretté Léon Zitrone arrive juste derrière vous, et Jacques Martin en 3e position. Quels souvenirs gardez-vous d’eux ?

M.D. : Que Zitrone soit derrière moi, lui qui a été mon mentor, me touche beaucoup. Que Jacques Martin, à qui j’ai succédé, arrive juste après me bouleverse aussi. Car avant le canapé rouge, c’était L’école des fans. Je suis également très touché que Champs-Elysées arrive en 3e position des émissions qui ont marqué l’histoire de la télé. Jamais je n’aurais imaginé à l’époque que ce programme et son générique marqueraient autant les Français. Ce sondage me fait plaisir, mais me rappelle aussi que mon métier est un cimetière, car la plupart des gens avec qui j’ai débuté ne sont plus là. Et dans le divertissement, je dois être le dernier, le seul présentateur en tout cas qui n’a jamais su utiliser ni prompteur ni oreillette. Je me sers toujours d’un vieux téléphone pour appeler la régie.

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F.D. : Quel effet cela fait-il de se revoir à ses débuts ?

M.D. : Je me demande toujours si c’était bien moi. Et quand je me revois aux côtés de Johnny, Eddy, Julien Clerc, Aznavour, je me dis que j’ai eu beaucoup de chance. D’ailleurs quand on se retrouve, on a l’impression de faire partie de la même famille. On m’a souvent reproché d’être trop complaisant, mais comment voulez-vous que je ne sois pas sympa avec des gens avec qui j’ai démarré ? On a tremblé et ramé ensemble !

F.D. : Quel a été le rôle de Dany Saval, votre épouse, dans votre parcours ?

M.D. : La constance. J’ai toujours aimé les couples, les familles, les amitiés, les amours, les carrières qui durent. Cela fait 42 ans qu’elle est dans ma vie et je n’aurais jamais fait ce chemin sans une partenaire comme Dany. Dans toutes les longues carrières, il y a toujours quelqu’un dans l’ombre. C’est Claude François qui me l’a présentée et elle a été une énorme star bien avant moi. Elle connaissait ce métier par cœur et venait de l’arrêter quand on s’est rencontrés. « Tu verras, il n’y a pas la place pour deux ! » m’a-t-elle dit. Dany fait partie de ces femmes qui sont très fières de la réussite de leur mari. Moi, je suis quelqu’un de très adulte dans mon métier, mais de très enfantin dans la vie. Donc elle s’occupe du reste, car je suis incapable de gérer autre chose que mon métier. Elle m’a aussi aidé à couper le cordon avec ma famille. Car, à 29 ans, j’appelais encore mes parents tous les jours pour savoir ce qu’ils pensaient de mes émissions. Dany m’a aidé à devenir adulte.

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F.D. : Après cinquante ans de carrière, avez-vous encore peur que ça s’arrête ?

M.D. : Non, mais comme je suis hypo­condriaque, maintenant j’ai peur de tomber malade. Quand je vois Aznavour, 90 ans, ou Annie Cordy, à 86 ans, toujours sur scène, je me dis que je suis un gamin. Je me demande d’ailleurs si je ne vais pas faire soixante ans de carrière, et pourquoi pas soixante-dix ! Une chose est sûre, j’arrêterai le jour où je sentirais que ma mémoire me trahit et que je ne suis physiquement plus en forme. Je ne bois pas, ne fume pas, mange sainement et peu, et fais très attention à mon hygiène de vie. Il me faut mon bouillon le soir, mon riz, mes endives, mon soja, mon yaourt. Surtout, je pense que la seule façon de bien vieillir, c’est d’être en mouvement tout le temps et de faire travailler son cerveau.

F.D. : Quel souvenir aimeriez-vous que l’on garde de vous ?

M.D. : Que j’ai eu le goût des autres.

Caroline Berger


Catégories : Revue de presse

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