Michel Drucker se confie à l'Echo

Publié le : 07/10/2013 à 16h48

enregistrement emission radio michel DRUCKER, vulcania, saint ours les roches le 25 octobre 2012, photo thierry Lindauer - LINDAUER Thierry

enregistrement emission radio michel DRUCKER, vulcania, saint ours les roches le 25 octobre 2012, photo thierry Lindauer - LINDAUER Thierry

Il ne se voit pas sans son canapé rouge, les stars et les caméras. Non, le septuagénaire est bien trop jeune pour la retraite.

C’est l’histoire de deux jeunes filles du Nord qui ont économisé jusqu’à leur dernier euro pour aller voir Céline Dion à Las Vegas. Mais elles ne peuvent se payer que le vol aller-retour. Alors, elles rencontrent, il y a six mois, Michel Drucker, sur le plateau de Vivement Dimanche. Ému, il en parle ensuite à son amie Céline Dion. Quelques semaines plus tard, les deux ados sont au premier rang, au Caesar Palace à Vegas, pour applaudir Céline. Ce n’est pas une légende : Michel Drucker, qui sort "De la lumière à l’oubli" (Robert Laffont), est un vrai gentil.

“Plus je connais les gens célèbres, plus j’aime les anonymes”, écrivez-vous. Êtes-vous victime d’une overdose de stars?? 
Cela fait 50 ans que je vis dans un “égo système”. Le vedettariat isole. Dans mon livre, les têtes de chapitre sont des extraits de chanson. L’une d’elle est "Parlez moi de moi, y a que ça qui m’intéresse" de Guy Béart. La plupart des hommes célèbres sont tellement centrés sur eux-mêmes que les autres ne les intéressent pas. Les chanteurs sont très heureux sur scène, mais après, certains n’ont pas souvent la patience de s’attarder avec les gens. Bizarrement, plus un chanteur a du succès, plus il s’en éloigne, car il n’a pas le temps. Car il ne va pas voir les gens. Moi, j’ai toujours retenu la leçon de mon père : « N’oublie jamais que ce ne sont pas les artistes qui font ta carrière, mais le public. »
Ce goût des gens est votre marque de fabrique. 
J’ai toujours eu le goût des autres, comme mon père. Les stars de papa, c’étaient les gens. Pour moi, les vraies stars sont les gens qui me regardent dans le téléviseur. Les plus belles lettres que j’ai reçues sont celles des anonymes. Certaines me consolent de bien des mots de remerciements que j’attends de deux générations d’artistes. En 50 ans de carrière, j’ai reçu dix lettres de remerciements, dont cinq d’artistes.
Quelle différence faites-vous entre vous et une star de la chanson?? 
Moi, je ne suis pas une star. Je suis un passeur. Un homme de télévision peut croire qu’il est une vedette car il touche des millions de gens. Mais ce n’est pas vrai. On ne paye pas pour nous regarder. Il s’établit, entre les téléspectateurs et l’homme de télévision, une relation très particulière. Quand vous êtes là depuis très longtemps, c’est plus qu’une relation?! Mon livre peut se résume en un mot : la mémoire.
On apprend que vous êtes plutôt à gauche, car vous considérez que « la notion de partage est plus à gauche qu’à droite ». N’est-ce pas un peu caricatural?? 
Par expérience, j’ai toujours trouvé des gens plus généreux à gauche qu’à droite. Par exemple, 90 % des dons pour le Téléthon proviennent de gens modestes qui ont du mal à boucler leur mois. Mais je ne vois pas de différence entre la gauche caviar et la droite caviar. À un moment donné, il faut mettre en accord ses actes avec ses convictions. J’ai été élevé dans une tradition de gauche : mon père était le médecin des pauvres. Je suis autant de gauche par devoir de mémoire que par conviction. Je pense avoir aidé pas mal de personnes : Laurent Gerra, Nicolas Canteloup, etc. Mais rien n’est simple : il y a des hommes, des idées et des comportements.
Avez-vous eu, un jour, le syndrome de la grosse tête??
Ma mère me disait toujours : “tu devrais regarder Chancel, lui reçoit Rostropovitch et Yehudi Menuhin, et toi, c’est Mireille Mathieu et Johnny Hallyday”. Ça vous calme pour de bon. Le vedettariat, c’est du sable qui vous glisse entre les doigts. La vraie vedette de la télé, c’est la télé. J’ai été trop marqué par la fin de nombreuses vedettes du petit écran qui, à un moment, étaient aussi célèbres que des acteurs ou des chanteurs : Léon Zitrone, Jacques Martin, Guy Lux, etc.
On a l’impression que dès que les lumières du plateau de télé s’éteindront définitivement, vous serez comme “mort”. 
C’est pour cette raison que je veux faire le métier le plus longtemps possible. Je veux faire comme mon père qui a soigné des malades jusqu’à 80 ans. Mon problème est de ne pas faire l’année de trop. J’espère être suffisamment lucide pour savoir quand j’arrêterai. Je pense que, dans les 2-3 ans qui viennent, il va falloir que j’arrête de présenter les émissions de divertissement à 20?h?30. Il ne faut pas qu’il y ait une trop grande différence d’âge entre le présentateur et les chanteurs?! En revanche, il n’y a pas de limite d’âge à la radio. La télé vous donne un coup de vieux, la radio un coup de jeune.
Vous avez été longtemps le gendre préféré des Français. Serez-vous désormais le grand-père préféré des Français??
En fait, je ne me sens pas vieux, mais je préfère réfléchir à mon âge, pour ne pas partir ni trop tôt ni trop tard. J’ai tout appris du sport : à quel moment on fait le Tour de France de trop?? Le problème, c’est l’addiction. Je suis encore sous perfusion avec ce métier.
Drogué?? 
Non, passionné, comme mon père qui ne pensait qu’à ses malades. J’ai une addiction aux gens. J’ai besoin de savoir comment ils vivent, d’où ils viennent. C’est pour cette raison que je suis un provincial, pas un Parisien. J’en veux à ces intellectuels qui sont de grands donneurs de leçons. Ils ont une façon d’expliquer la vie, la société, mais ne savent pas ce qu’il se passe de l’autre côté du périphérique ou dans un bistrot.
N’avez-vous pas envie parfois d’être un peu moins lisse dans vos rencontres?? 
Je m’incline devant le talent, mais le talent ne pardonne pas tout. Je ne suis dupe de rien.

Catégories : Revue de presse

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